Les Sept mers
Le chiffre sept est associé à l’histoire
de la Révélation et se confond avec la tradition
ancienne qui divisait le temps en semaines de sept jours correspondant
à la durée d’une phase de la lune. Ce chiffre
sept se retrouve dans toutes les légendes indo-européennes
et en particulier chez les peuple du Livre. La Kabale juive en
explique et détaille le symbolisme. Ce sont le chandelier
à sept branches; ce sont aussi sept pêchés
capitaux ce seront un jour Les sept pilliers de la Sagesse du
colonel Laurence.
Pour ce qui est des mers, l’antiquité ne les dénombrait
pas. Mare Nostrum était opposée à la Mer
des ténèbres. Le périple de la Mer d’Erythrée
traduisait la pratique des marchands au delà de Suez. De
la Très verte Strabon rappelle Hérodote et ses moussons.
La mer Noire était un Pont Euxin.
Pas question, à ma connaissance, de Sept mers. Pline l’ancien
nomme sept mers les marais du Pô. Au Moyen-âge en
Europe, la Mer Rouge connue pour son franchissement par les hébreux
est un lieu bien lointain. La méditerranée est devenu
un repaire de pirates, la mer océane est le lieu des pérégrinations
de Saint-Brandan et des moines de Saint-Mathieu.
Les arabes, utilisent parfois le terme Al Yacoubi en particulier
qui donne une liste de septs régions en allant du Golfe
vers la Chine.
La Renaissance suscite la découverte de réalités
qui succèderont aux mythes, îles des Sept cités.
Il n’est pas encore question de sept mers.
Olaus Magnus s’en tient à ses régions proches
de l’Arctique. On retrouvera peut-être dans la volumineuse
Patrologie latine de Migne quelque allusion à sept mers.
Bède le Vénérable (Devenu Pape Sylvestre
), dispensateur du calcul digital permettant de calculer les dates
de la lune, et les gloses des moines faites sur un de ses exemplaires
comptent une mer de Bretagne qui n’est que le Golfe de Gascogne.
Cette notation est un écho de la pérégrination
des Frisons partis en Terre Sainte par voie de mer en l’an
1181. Les traités de la Sphère (parmi lesquels les
cent trente versions de Dati qui nous sont parvenues) ne comptent
pas des mers et leur nombre est toujours aussi restreint.
Il me semble que ce n’est que bien après Magellan
qu’on pourra évoquer sept mers au sens de domination
de l’ensemble marin de la planète encore que la seule
attestation qui me vienne à l’esprit est l’hymne
des Marines « Cheers for american boys that fight on the
seven seas…. »
Aux XVIII° on traite de : Méditerranée,
Mer Océane et non plus Ténébreuse, Mer du
Sud (Pacifique), accessoirement, Mer Rouge.
La Très verte est désormais une mer des Indes avec
parfois une confusion entre Océan Indien et mer des Antilles.
On précise alors indes occidentales, Mer de Chine. Nous
ne sommes pas à sept.
Pour Jean Bart il y a aussi la Mer du Nord et
même la Baltique. Cleirac Us & coutumes de la Mer n’évoque
pas les sept mers non plus qu’aucun des dictionnaires maritimes
consultés pas même Jal. Etonnant…
Je situerai cette expression du coté des successeurs de
Richard Hakluyt, (compilateurs des récits de voyages et
des informations nautiques Luso-hispaniques et françaises)
au service de la Reine Elisabeth d’Angleterre après
lesquels cette nation va peu à peu entreprendre de s’adjuger
l’empire des mers « Mare Clausum » . L’expression
ne figure pas dans le répertoire qui résume les
12 volumes de cet auteur. Aucun navire de sa Majesté n’a
porté de nom évoquant ces sept mers.
Je n’ai pas, pas encore, localisé l’inventeur
de la formule mais sa double interprétation religieuse
et impériale me fait soupçonner une origine anglo-saxonne.
Du Walt Diney avant la lettre.
R. Kippling, un poème The Seven Seas 1896.
En tout état de cause Sept mers ne peut signifier autre
chose que toutes les mers et si on demandait à des marins
de les nommer un français ne désignerait pas les
mêmes qu’un Américain où un Indien.